Imaginez : vous débarquez à Durrës par une matinée ensoleillée, la mer Adriatique scintille à quelques centaines de mètres, et derrière vous se dressent les ruines d’un amphithéâtre romain vieux de deux mille ans. Pas mal pour une ville que beaucoup de voyageurs ignorent encore. Pourtant, Durrës est la plus ancienne cité d’Albanie — fondée au VIIe siècle avant J.-C. — et la deuxième plus grande du pays, à seulement 40 kilomètres de Tirana. Plages populaires, mosaïques byzantines, vestiges antiques et front de mer animé : la ville concentre une quantité surprenante de choses à voir et à faire. Dans ce guide complet, on vous emmène explorer son histoire, ses attractions incontournables, ses meilleures plages et tout ce qu’il faut savoir avant de partir.
En bref :
- ● Durrës est la deuxième ville d’Albanie, avec environ 200 000 habitants, située à seulement 38 km de Tirana sur la côte adriatique.
- ● Fondée vers 627 av. J.-C. par des colons grecs, c’est l’une des plus anciennes villes d’Europe encore habitée en continu.
- ● La ville abrite un amphithéâtre romain du IIe siècle, l’un des plus grands des Balkans, capable d’accueillir jusqu’à 20 000 spectateurs.
- ● Les plages s’étendent sur 33 km de côte, avec du sable fin et une eau généralement propre, très fréquentées en été.
- ● La saison idéale pour visiter va de mai à septembre, avec un pic de fréquentation en juillet-août.
- ● Depuis Tirana, on rejoint Durrës en environ 45 minutes en voiture ou 30-40 minutes en train pour moins de 2 EUR.
- ● Le coût de la vie est nettement inférieur à l’Europe occidentale : comptez 5 à 10 EUR pour un repas complet au restaurant.
Durrës en quelques mots : une ville qui a tout vu
Il y a des villes qui changent de nom comme d’autres changent de chemise. Durrës en fait partie — et elle a eu le temps de s’y habituer en 2 600 ans d’existence. Anciennement connue sous le nom de Dyrrachium à l’époque romaine, puis de Durazzo sous domination vénitienne et italienne, elle s’appelle aujourd’hui Durrës, et c’est sous ce nom qu’elle figure sur la carte de l’Albanie moderne.
Géographiquement, la ville occupe une position enviable : posée sur la côte adriatique, à seulement 38 km de Tirana, elle bénéficie d’un accès direct à la mer tout en restant à portée de la capitale. Avec ses 33 km de plages et ses quelque 200 000 habitants, c’est la deuxième ville du pays — et de loin la plus importante sur le plan portuaire.
Carrefour naturel entre Orient et Occident, Durrës a toujours joué le rôle de porte d’entrée vers les Balkans depuis la Méditerranée. Ce n’est pas un hasard si autant de civilisations se sont disputé sa possession.
| Infos clés | Détails |
|---|---|
| Pays | Albanie |
| Région | Qarku i Durrësit |
| Population | ~200 000 habitants |
| Distance de Tirana | 38 km (~45 min en voiture) |
| Longueur de côte | 33 km de plages |
| Altitude | ~10 m (niveau de la mer) |

L’histoire de Durrës : 2 600 ans de carrefour entre civilisations
De la fondation grecque à la puissance romaine
Tout commence vers 627 av. J.-C., quand des colons corinthiens et corcyréens débarquent sur cette côte et fondent ce qui deviendra l’une des cités les plus stratégiques de la Méditerranée orientale. Sous le nom de Dyrrachium, la ville devient rapidement un nœud vital : c’est ici que débute la Via Egnatia, la grande route romaine qui traverse les Balkans jusqu’à Byzance.
Le moment le plus dramatique de son histoire antique ? Sans doute en 48 av. J.-C., quand César et Pompée s’affrontent juste aux portes de la ville. César tente d’assiéger Durrës — et se fait repousser. C’est l’une des rares défaites du grand général, et elle s’est jouée ici, sur ce bout de côte adriatique. Pas mal pour une ville que beaucoup de gens seraient incapables de placer sur une carte.
Byzance, Venise et l’Empire ottoman : les siècles de convoitise
Après Rome, c’est Byzance qui prend les rênes — puis les Normands, qui s’emparent brièvement de la ville au XIe siècle. Vient ensuite la période vénitienne, qui donne à la cité son nom italien de Durazzo, encore utilisé dans certains contextes historiques. L’influence de Venise est encore visible dans quelques éléments architecturaux du centre.
En 1501, les Ottomans s’imposent et gardent la main sur Durrës pendant plus de quatre siècles, jusqu’en 1912. Cette longue période ottomane a profondément marqué la structure urbaine et la culture locale, même si l’Albanie a su conserver une identité propre. L’Italie, elle, a laissé des traces architecturales que l’on repère encore dans certains bâtiments du centre-ville — un héritage de plusieurs siècles d’influence méditerranéenne croisée.
Durrës au XXe siècle : de l’occupation à l’ouverture
En 1912, l’indépendance albanaise est proclamée, et Durrës joue même brièvement le rôle de capitale temporaire en 1914. Mais le XXe siècle réserve à la ville une série de bouleversements : occupation italienne puis allemande durant la Seconde Guerre mondiale, puis installation d’un régime communiste à partir de 1944 qui isole le pays du reste du monde pendant près de 50 ans.
La chute du communisme en 1991 donne lieu à l’une des images les plus frappantes de l’histoire récente des Balkans : des milliers d’Albanais s’entassent sur des bateaux dans le port de Durrës pour fuir vers l’Italie. Une scène de chaos et d’espoir mêlés. Depuis les années 2000, la ville s’est profondément transformée : rénovations majeures à partir de 2005, développement touristique accéléré, et retour progressif d’une certaine prospérité.
Que voir à Durrës ? Les incontournables à ne pas rater
L’amphithéâtre romain de Durrës : le joyau du IIe siècle
Construit au IIe siècle ap. J.-C., l’amphithéâtre romain de Durrës pouvait accueillir entre 15 000 et 20 000 spectateurs. C’est l’un des plus grands de tout le monde balkanique — et pourtant, il est resté enfoui sous le quartier résidentiel jusqu’à sa découverte en 1966. Aujourd’hui encore, une partie des gradins se trouve littéralement sous les fondations d’immeubles habités. C’est une sensation assez étrange de voir un bâtiment moderne posé directement au-dessus de l’arène où se déroulaient des combats de gladiateurs.
La visite vaut vraiment le détour. L’état de conservation est correct pour un site de cet âge, et les panneaux explicatifs donnent un bon contexte historique. On peut voir des mosaïques paléochrétiennes dans une chapelle aménagée à l’intérieur même de l’amphithéâtre — un détail fascinant qui témoigne des couches successives d’histoire à Durrës.
- ⏰ Horaires : généralement 9h-17h (vérifier sur place selon la saison)
- 💶 Prix d’entrée : environ 200 lekë (~2 EUR)
- 🕐 Durée conseillée : 45 minutes à 1 heure
Le musée archéologique : 3 000 ans d’objets retrouvés
Le musée archéologique de Durrës est l’un des plus riches d’Albanie. Ses collections couvrent une période impressionnante : de l’âge du bronze jusqu’à l’époque byzantine, en passant par les périodes grecque et romaine. On y trouve des céramiques, des sculptures, des mosaïques et des bijoux qui racontent l’histoire de la région mieux que n’importe quel manuel.
Le bâtiment lui-même est situé en bord de mer — ce qui est déjà une excellente raison de passer devant. C’est le genre d’endroit où on entre en se disant qu’on va y passer 20 minutes, et où on ressort 2 heures plus tard, légèrement abasourdi par la quantité de choses qu’on ignorait. Prévoir au moins 1h30 de visite. Le prix d’entrée tourne autour de 200-300 lekë (~2-3 EUR).
Le château et la tour vénitienne : les remparts qui ont tout survécu
Les remparts byzantins qui entourent le centre historique de Durrës datent du Ve siècle — et ils sont toujours debout, ce qui en dit long sur la qualité de la construction romaine tardive. La tour vénitienne, elle, est l’un des rares vestiges bien conservés de la période Durazzo, quand Venise contrôlait la ville.
Depuis le sommet des remparts, la vue sur la mer Adriatique est franchement belle. L’accès est libre ou quasi-gratuit selon les parties visitées. Le quartier autour du château est vivant, avec des cafés et des petites échoppes — c’est un endroit agréable pour se balader sans plan précis, en laissant les ruines surgir entre les bâtiments modernes.
| Site | Époque | Durée conseillée | Prix indicatif | Intérêt principal |
|---|---|---|---|---|
| Amphithéâtre romain | IIe s. ap. J.-C. | 45 min – 1h | ~2 EUR | Architecture romaine, mosaïques |
| Musée archéologique | Collections multi-époques | 1h30 – 2h | ~2-3 EUR | Collections antiques, céramiques |
| Château & tour vénitienne | Ve s. – époque vénitienne | 1h | Gratuit / quasi-gratuit | Vue mer, architecture médiévale |
Plages, baignade et activités : profiter de Durrës côté mer
Les plages albanaises ont longtemps été le secret le mieux gardé d’Europe. Pendant des décennies, le littoral de Durrës était totalement fermé au tourisme international. Aujourd’hui, c’est une tout autre histoire.
Avec 33 km de côte et du sable fin sur la majorité du tracé, les plages de Durrës attirent chaque été des centaines de milliers de visiteurs, albanais et étrangers confondus. L’eau de l’Adriatique est généralement propre et agréable pour la baignade. Les transats et parasols sont disponibles partout — comptez 5 à 10 EUR par jour pour une installation complète, ce qui reste très raisonnable.
Les activités nautiques ne manquent pas non plus :
- 🚤 Jet-ski et sports motorisés disponibles sur les plages principales
- 🚣 Pédalos pour une balade tranquille en famille
- 🤿 Plongée avec quelques clubs locaux proposant des sorties encadrées
Le soir, la promenade du front de mer est l’endroit idéal pour se balader, grignoter une glace et observer la vie locale. L’ambiance est détendue, les terrasses sont animées, et le coucher de soleil sur l’Adriatique vaut le déplacement à lui seul.
Si la foule vous pèse, sachez que des plages bien plus calmes existent à quelques kilomètres au sud, notamment vers Golem ou Kavajë — moins équipées, mais nettement plus tranquilles.
Quand partir et comment rejoindre Durrës depuis Tirana
Deux questions reviennent systématiquement quand on prépare un séjour à Durrës : quand partir, et comment y arriver ? Voici les réponses concrètes.
La meilleure période se situe clairement entre mai-juin et septembre. Les températures sont agréables (25-30°C), la mer est chaude, et les plages sont encore gérables. En juillet-août, le thermomètre grimpe facilement à 35°C, et la fréquentation explose — les plages albanaises attirent massivement les touristes des Balkans voisins. L’hiver est doux mais l’animation touristique tombe à zéro.
Depuis Tirana, les options sont multiples :
- 🚗 En voiture : 38 km, environ 45 minutes selon le trafic
- 🚆 En train : ligne rénovée, 30 à 40 minutes, prix imbattable à 1-2 EUR — probablement l’une des meilleures affaires de transport en Europe
- 🚌 En bus ou furgon : départs fréquents, environ 1 EUR, très pratique
Depuis l’Italie, Durrës est le principal port de ferry d’Albanie. Des liaisons régulières partent de Bari et d’Ancône avec une traversée de 8 à 10 heures, à partir de 30 EUR selon la saison et la compagnie. C’est une excellente façon d’arriver si vous prévoyez un road trip d’une semaine en Albanie, ou même un voyage de 15 jours à travers le pays.
| Transport | Départ |
|---|
Questions fréquentes sur Durrës
Combien de temps faut-il pour visiter Durrës ?
Une journée suffit pour voir l’essentiel : l’amphithéâtre romain, les remparts byzantins et le musée archéologique. Pour profiter aussi des plages et flâner sans se presser, comptez plutôt deux jours. Les voyageurs qui souhaitent explorer les environs et s’imprégner vraiment de l’atmosphère locale gagneront à prévoir un week-end complet.
Durrës vaut-il le détour si on est déjà à Tirana ?
Absolument. Durrës se trouve à seulement 38 km de Tirana, soit environ 35 minutes en train pour moins de 1 €. C’est l’une des excursions les plus rentables des Balkans. L’amphithéâtre romain seul justifie le déplacement. Difficile de passer une semaine à Tirana sans faire ce petit saut dans l’une des plus vieilles villes d’Albanie.
Les plages de Durrës sont-elles propres et adaptées à la baignade ?
C’est nuancé. Les plages proches du centre-ville sont souvent bondées en juillet-août et la qualité de l’eau varie selon les zones. Les secteurs plus au nord, vers Currila, sont généralement plus propres. En dehors de la haute saison, la baignade est tout à fait agréable. Mieux vaut vérifier les indicateurs de qualité de l’eau avant de plonger.
Quelle est la langue parlée à Durrës et peut-on se débrouiller en anglais ?
La langue officielle est l’albanais. Dans les zones touristiques de Durrës — hôtels, restaurants du front de mer, sites historiques — l’anglais est généralement compris par les jeunes générations. L’italien fonctionne aussi très bien, en raison des liens historiques forts avec l’Italie. Quelques mots d’albanais (faleminderit = merci) sont toujours appréciés et ouvrent des portes.
Quelles excursions peut-on faire depuis Durrës ?
Durrës est un excellent point de départ. Tirana est à 35 minutes en train. Krujë, la ville-forteresse de Skanderbeg, se rejoint en moins d’une heure en bus. Apollonia, site archéologique grec remarquablement préservé, est à environ 1h30 en voiture. Vers le sud, la Riviera albanaise s’ouvre progressivement, avec des villages côtiers encore très authentiques.
Durrës, par où commencer concrètement votre visite
Durrës ne ressemble à aucune autre ville côtière des Balkans. Trois raisons suffisent à faire le voyage : une histoire millénaire gravée dans chaque pierre — l’amphithéâtre romain en est la preuve la plus saisissante —, des plages accessibles sans se ruiner, et une proximité avec Tirana qui rend l’excursion presque sans effort.
Il faut quand même être honnête : en plein août, la ville se transforme en station balnéaire bruyante, certains sites sont encore en travaux, et la qualité des plages centrales laisse parfois à désirer. Ce n’est pas la Côte d’Azur. Mais ce n’est pas ce qu’on lui demande.
Ce qu’on lui demande, c’est d’être elle-même : vieille, vivante, abordable et sincère. Et sur ce point, Durrës livre sans hésiter.
Conseil immédiat : évitez juillet-août si possible, prenez le train depuis Tirana un matin de semaine, et commencez par l’amphithéâtre. Le reste viendra naturellement.
